Ombres et lumières

Les appareils photos deviennent de plus en plus performants, mais beaucoup de visuels sont de moins en moins percutants. Alors que les progrès techniques autorisent toutes les fantaisies, des publications censées nous faire rêver publient souvent des photos tellement léchées qu’elles en deviennent fades donc ennuyeuses. Mais les ombres et les lumières changent tout.

Je travaille depuis quelque temps sur les jeux de lumière et constate chaque jour qu’un rayon de soleil et une zone d’ombre sur une image donnent une profondeur insoupconnée à la scène. La photo ci-dessus est celle de chiffonniers dans le centre de Montevideo en Uruguay. Et  cette autre photo, celle  d’un fiacre dans le quartier de Santa-Cruz à Séville.

L’image n’a rien de particulièrement originale, si ce n’est qu’elle a été prise au fisheye pour pouvoir facilement englober le fiacre et son environnement.  Mais la différence d’éclairage a tout changé. Le rayon de soleil qui épouse le mouvement de la carriole et se prolonge vers la cathédrale donne une grande vigueur à l’ensemble.

Dans sa magistrale Histoire de l’art, E.H. Gombrich consacre une page au détail d’une fresque de Piero de la Francesca Le rêve de Constantin à Arezzo dans l’église de San Francisco, soulignant que personne n’avait vu aussi clairement avant lui les effets innombrables que l’on peut tirer de la lumière: modelé bien sûr, mais aussi contribution à l’illusion de la perspective. Cette photo d’une musicienne de rue dans le centre de Francfort parle d’elle même.

La chanteuse au premier plan et  ce jeune homme aux longs cheveux, courbé dans l’ombre au second plan, donnent une perspective  empreinte de poésie qui doit beaucoup aux jeux de lumières.

Les images sont plates quand elles ne laissent aucune place à l’inconnu. Aucune zone d’ombre ne porte alors notre espoir ou nos craintes et le soleil en est absent. J’ai beaucoup de plaisir à travailler sur ce thème dans Ombres et Lumières. La photo ci-dessous est celle de l’abbaye de Bec-Hellouin en Normandie.