La photographie impressionniste: partir du « moi »

La photographie impressionniste n’est pas une technique mais une nouvelle approche de l’image photographique.

Il ne s’agit plus là de coller à la réalité, mais de créer une image qui reflète un sentiment. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », écrivait Lamartine en 1820 dans les Méditations poétiques. Le photographe impressionniste ne cherchera pas à transcrire sur sa photo une copie fidèle de la réalité, mais cherchera à illustrer le sentiment qu’elle provoque en lui avec les éléments visuels qui lui parviennent.C’est la démarche inverse.

Il partira ainsi de lui même et non du sujet à photographier, puis recherchera dans ce sujet les élements qui provoquent en lui cet émoi. C’est donc vers lui en premier qu’il devra se tourner pour disséquer ses émotions face à la scène qu’il s’apprête à transformer en image: sont-ce les couleurs qui m’interpellent, la foule, les lumières? Quels sont les déclencheurs visuels de mon émotion?

Ce sera vers eux en fin de parcours, qu’il devra se concentrer pour trouver les élements les plus importants et réfléchir aux moyens les plus aptes à les magnifier.

Une image impressionniste d’Aups en Provence/ Copyright Jacques Kaufmann
Une image impressionniste d’un marché à Montevideo/Copyright Jacques Kaufmann ( Uruguay )
Image impressionniste d’un grand restaurant de Francfort ( Frankfurt )/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressioniste d’un village de Provence ( Lorgues/France )/Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste de Kassel dans la Hesse ( Hessen ) en Allemagne/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressioniste d’un marché de Provence/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste de Kassel dans la Hesse ( Allemagne )/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste d’un grand restaurant de Francfort ( Frankfurt )/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste d’un café parisien/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste du centre historique de Montevideo/ Copyright Jacques Kaufmann

Les objectifs Meyer-Optik-Görlitz

Les objectifs Leica, vendus à prix d’or, et renommés dans le monde entier pour la qualité de leur rendu avaient un redoutable concurrent: les objectifs de Meyer-Optik-Görlitz, une très ancienne maison d’optique allemande fondée en 1896, qui avait lancé en 1911 son premier objectif, un grand angle Aristostigmat. Malheureusement la start up qui avait relancé leur fabrication a fait faillite…

Une petite startup allemande Globell-Deutschland avait décidé en 2014 de relancer la marque en remettant au gout du jour certains objectifs du passé tout en en dévelopant de nouveaux. Une initiative qui tombait à pic, à un moment où une partie du monde photographique commence à se lasser des images « hygiéniques ». « Une photo parfaite du point de vue technique est souvent ennuyeuse » notent ainsi Heidi et Robert Mertens dans un ouvrage récent paru au Rheinwerk Verlag  consacré au photographe créatif.

Quand on entend un photographe parler des images Leica, ce sont  en général les mots douceur, ou rondeur qui reviennent le plus souvent.  » On dirait des images de Hasselblad, dit l’un d’eux. C’est ce que j’ai pensé en regardant certaines photos. Mais elles avaient été faites avec un Leica ». Et c’est vrai, les objectifs Made in Wetzlar ( là ou se trouve en Allemagne le siège de Leica ) ont une douceur si particulière qu’elle fait dépenser des milliers d’euros à des créateurs d’images qui ne renonceraient jamais à cette impression de « sfumato » qui entoure leurs oeuvres.

Un marché provencal photographié avec un objectif Leica Summarit 90mm

Et c’est justement là dans ce domaine réservé que les objectifs de Meyer-Optik-Görliz avaient fait une entrée fracassante: des bokeh grandioses, des images qui faisaient rêver bien loin de la froideur documentaire de la perfection.Malheureusement la start up commercialisant les produits a fait faillite..

Un village provencal photographié avec un Primoplan P58-1,9/58mm de Meyer Optik
Un bokeh de lauriers roses avec un Primoplan P-58 de Meyer-Optik-Görlitz

 

Le photographe et le mouvement

Je me suis longtemps demandé pourquoi d’innombrables photos de rue qui transitaient sur le web me paraissaient  ennuyeuses… la raison en est bien simple: leurs auteurs pensaient saisir dans leurs images les émotions d’une ville en reproduisant fidèlement la réalité – sans se douter qu’ils faisaient fausse route.

On comprendra mieux en regardant cette peinture de Géricault.

Par Théodore Géricault — The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=151540

On ne peut mieux rêver pour donner une impression de mouvement….mais si Géricault avait été photographe et avait eu l’idée de photographier en rafale des chevaux au galop, il se serait aperçu que les chevaux n’allongent jamais leurs jambes quand ils sont au galop. Ils les ramènent au contraire alternativement vers leurs corps…

Les photos de Géricault auraient donc été ratées et n’auraient pas eu le même effet que son tableau alors même qu’elles auraient parfaitement copié la réalité.

Quelle naïveté de penser que l’on arrivera à créer quelque chose d’intéressant, en copiant le réel dans une image – même parfaite. Prenons par exemple cette « photo de rue »: l’image est nette, l’exposition est correcte, il y a même un léger flou d’arrière plan pour mieux faire ressortir les passants du premier plan. Mais l’image est figée par la vitesse d’obturation. C’est au mieux une photo « documentaire » sur une rue de Paris, mais certainement pas l’image d’une grande ville trépidante.

Regardons ensuite cette belle image du palais du Sénat dans le jardin du Luxembourg. Elle est superbe…mais ne porte aucune émotion

Mais le panorama change avec cette nouvelle image, où l’on aperçoit des pigeons en train de voler autour d’une poussette devant le proche de l’église Saint-Sulpice à Paris. L’homme conduisant la poussette est courbé vers l’avant, comme s’il était gêné par la présence des oiseaux, et la scène rappellera peut-être à certains les oiseaux de Hitchcock.

Qu’y avait-il de fondamentalement différent entre la première image et la deuxième? le mouvement .

La création de mouvement dans une image est essentiel pour communiquer de l’émotion.

On peut certainement la traduire en photographiant une certaine gestuelle ou des personnages ayant une mimique particulière, mais je suis particulièrement intéressé par la vitesse lente, idéale pour insuffler de la vie à une image de la vie quotidienne.

Il faut s’armer d’un pied à moins de trouver un endroit pour s’accouder, mais on n’a rien sans rien….

Imaginons un instant cette image sans le flou des passants…elle aurait perdu toute sa force.