La photographie impressionniste: partir du « moi »

La photographie impressionniste n’est pas une technique mais une nouvelle approche de l’image photographique.

Il ne s’agit plus là de coller à la réalité, mais de créer une image qui reflète un sentiment. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », écrivait Lamartine en 1820 dans les Méditations poétiques. Le photographe impressionniste ne cherchera pas à transcrire sur sa photo une copie fidèle de la réalité, mais cherchera à illustrer le sentiment qu’elle provoque en lui avec les éléments visuels qui lui parviennent.C’est la démarche inverse.

Il partira ainsi de lui même et non du sujet à photographier, puis recherchera dans ce sujet les élements qui provoquent en lui cet émoi. C’est donc vers lui en premier qu’il devra se tourner pour disséquer ses émotions face à la scène qu’il s’apprête à transformer en image: sont-ce les couleurs qui m’interpellent, la foule, les lumières? Quels sont les déclencheurs visuels de mon émotion?

Ce sera vers eux en fin de parcours, qu’il devra se concentrer pour trouver les élements les plus importants et réfléchir aux moyens les plus aptes à les magnifier.

Une image impressionniste d’Aups en Provence/ Copyright Jacques Kaufmann
Une image impressionniste d’un marché à Montevideo/Copyright Jacques Kaufmann ( Uruguay )
Image impressionniste d’un grand restaurant de Francfort ( Frankfurt )/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressioniste d’un village de Provence ( Lorgues/France )/Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste de Kassel dans la Hesse ( Hessen ) en Allemagne/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressioniste d’un marché de Provence/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste de Kassel dans la Hesse ( Allemagne )/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste d’un grand restaurant de Francfort ( Frankfurt )/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste d’un café parisien/ Copyright Jacques Kaufmann
Image impressionniste du centre historique de Montevideo/ Copyright Jacques Kaufmann

Le bougé intentionnel en photographie

Je rangerais le bougé intentionnel en photographie parmi les techniques les plus adaptées à la photo impressionniste, c’est à dire à des images qui ne se soucient plus de « coller » à la réalité ( quelle réalité d’ailleurs ?) mais visent uniquement à provoquer certaines impressions sur le spectateur. Adieu donc – du moins sous leur forme actuelle – à tous les poncifs de piqué ou de netteté, mis en avant par les marques pour vendre leurs boitiers. On est là dans le domaine de la création et non du faire valoir, le bougé intentionnel avec des temps de pose variables de quelques dizaines de seconde pouvant se pratiquer pratiquement avec n’importe quel appareil.

Des lauriers roses photographiés en bougé intentionnel Copyright Jacques Kaufmann

 

Fleurs de rocailles photographiées en bougé intentionnel Copyright Jacques Kaufmann

Je vois ici et là des images de bougé intentionnel – spécialement celles faites au bord d’un lac ou en bord de mer – qui semblent prolonger l’expérience visuelle d’une photographie prise en pose longue. Ce sont de belles images, mais qui ne me semblent pas rendre compte pleinement de toutes les possibilités offertes par le bouger intentionnel. La créativité photographique s’exprimera au mieux lorsque le photographe aura réussi à recréer un autre univers de couleurs et de lignes exprimant avec force l’impression qu’il aura ressenti.

Cette image d’un vieux palmier mutilé par des coupes malhabiles me semble ainsi exprimer visuellement avec beaucoup de force, à la fois la vie qui anime encore certaines branches, et sa lente extinction. C’est exactement cela que j’ai voulu faire ressentir au spectateur. A vrai dire, je suis moi même ému à chaque fois que je regarde à nouveau cette photographie

Le vieux palmier.Image en bougé intentionnel.Copyright Jacques Kaufmann

Le photographe et le mouvement

Je me suis longtemps demandé pourquoi d’innombrables photos de rue qui transitaient sur le web me paraissaient  ennuyeuses… la raison en est bien simple: leurs auteurs pensaient saisir dans leurs images les émotions d’une ville en reproduisant fidèlement la réalité – sans se douter qu’ils faisaient fausse route.

On comprendra mieux en regardant cette peinture de Géricault.

Par Théodore Géricault — The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=151540

On ne peut mieux rêver pour donner une impression de mouvement….mais si Géricault avait été photographe et avait eu l’idée de photographier en rafale des chevaux au galop, il se serait aperçu que les chevaux n’allongent jamais leurs jambes quand ils sont au galop. Ils les ramènent au contraire alternativement vers leurs corps…

Les photos de Géricault auraient donc été ratées et n’auraient pas eu le même effet que son tableau alors même qu’elles auraient parfaitement copié la réalité.

Quelle naïveté de penser que l’on arrivera à créer quelque chose d’intéressant, en copiant le réel dans une image – même parfaite. Prenons par exemple cette « photo de rue »: l’image est nette, l’exposition est correcte, il y a même un léger flou d’arrière plan pour mieux faire ressortir les passants du premier plan. Mais l’image est figée par la vitesse d’obturation. C’est au mieux une photo « documentaire » sur une rue de Paris, mais certainement pas l’image d’une grande ville trépidante.

Regardons ensuite cette belle image du palais du Sénat dans le jardin du Luxembourg. Elle est superbe…mais ne porte aucune émotion

Mais le panorama change avec cette nouvelle image, où l’on aperçoit des pigeons en train de voler autour d’une poussette devant le proche de l’église Saint-Sulpice à Paris. L’homme conduisant la poussette est courbé vers l’avant, comme s’il était gêné par la présence des oiseaux, et la scène rappellera peut-être à certains les oiseaux de Hitchcock.

Qu’y avait-il de fondamentalement différent entre la première image et la deuxième? le mouvement .

La création de mouvement dans une image est essentiel pour communiquer de l’émotion.

On peut certainement la traduire en photographiant une certaine gestuelle ou des personnages ayant une mimique particulière, mais je suis particulièrement intéressé par la vitesse lente, idéale pour insuffler de la vie à une image de la vie quotidienne.

Il faut s’armer d’un pied à moins de trouver un endroit pour s’accouder, mais on n’a rien sans rien….

Imaginons un instant cette image sans le flou des passants…elle aurait perdu toute sa force.