Le photographe et le mouvement

Je me suis longtemps demandé pourquoi d’innombrables photos de rue qui transitaient sur le web me paraissaient  ennuyeuses… la raison en est bien simple: leurs auteurs pensaient saisir dans leurs images les émotions d’une ville en reproduisant fidèlement la réalité – sans se douter qu’ils faisaient fausse route.

On comprendra mieux en regardant cette peinture de Géricault.

Par Théodore Géricault — The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=151540

On ne peut mieux rêver pour donner une impression de mouvement….mais si Géricault avait été photographe et avait eu l’idée de photographier en rafale des chevaux au galop, il se serait aperçu que les chevaux n’allongent jamais leurs jambes quand ils sont au galop. Ils les ramènent au contraire alternativement vers leurs corps…

Les photos de Géricault auraient donc été ratées et n’auraient pas eu le même effet que son tableau alors même qu’elles auraient parfaitement copié la réalité.

Quelle naïveté de penser que l’on arrivera à créer quelque chose d’intéressant, en copiant le réel dans une image – même parfaite. Prenons par exemple cette « photo de rue »: l’image est nette, l’exposition est correcte, il y a même un léger flou d’arrière plan pour mieux faire ressortir les passants du premier plan. Mais l’image est figée par la vitesse d’obturation. C’est au mieux une photo « documentaire » sur une rue de Paris, mais certainement pas l’image d’une grande ville trépidante.

Regardons ensuite cette belle image du palais du Sénat dans le jardin du Luxembourg. Elle est superbe…mais ne porte aucune émotion

Mais le panorama change avec cette nouvelle image, où l’on aperçoit des pigeons en train de voler autour d’une poussette devant le proche de l’église Saint-Sulpice à Paris. L’homme conduisant la poussette est courbé vers l’avant, comme s’il était gêné par la présence des oiseaux, et la scène rappellera peut-être à certains les oiseaux de Hitchcock.

Qu’y avait-il de fondamentalement différent entre la première image et la deuxième? le mouvement .

La création de mouvement dans une image est essentiel pour communiquer de l’émotion.

On peut certainement la traduire en photographiant une certaine gestuelle ou des personnages ayant une mimique particulière, mais je suis particulièrement intéressé par la vitesse lente, idéale pour insuffler de la vie à une image de la vie quotidienne.

Il faut s’armer d’un pied à moins de trouver un endroit pour s’accouder, mais on n’a rien sans rien….

Imaginons un instant cette image sans le flou des passants…elle aurait perdu toute sa force.

Le nouveau réalisme en photographie

Cette photo est un exemple parfait du nouveau réalisme en photographie car elle concentre tout ce qu’apporte cette nouvelle vision par rapport à une photo traditionnelle.
Précisons tout de suite pour éviter toute ambiguïté que cette image n’a pas été construite sur la base de masques de fusion ce qui lui enlèverait sa sincérité.
C’est tout simplement un instantané qui montre une scène ( la terrasse d’un café ) sous de multiples aspects grâce à la saisie de reflets. Encore faut-il chercher à capter la scène de cette façon…
Aucune photo de rue traditionnelle n’aurait pu avoir cette profondeur, puisqu’on y découvre des clients en terrasse, des passants, des immeubles bordant la place saisis sous plusieurs angles, une église, des bancs…et j’en passe.
A chaque fois que je regarde une image construite autour de cette préoccupation, j’y découvre de nouveaux éléments… la vie a tellement de facettes !