Photo créative: dans l’intimité de l’acte de création

« Je fonctionne de manière totalement autodidacte et je ne connais pas de bons photographes qui soient sortis d’une école de photo » ( Frank Horvat). « Pendant une période, je faisais des photos tous les jours, du matin jusqu’au soir. Face à une telle persévérance, il finit toujours par sortir quelque chose »(Lucien Clergue). « Je brouille les pistes entre le réel et la fiction. » ( Sarah Moon). Ces entretiens de Muriel Berthou Crestey avec « 24 des plus grands photographes contemporains » offrent de nombreux éclairages sur le cheminement intellectuel ou émotionnel de ces artistes.

Dommage que l’on ne trouve pas, en illustration, pour chacun d’entre eux une sélection de quelques œuvres . Cela aurait aidé à la compréhension de leurs images, car les explications de certains relèvent parfois d’un univers conceptuel assez impénétrable. Mais bon… tout le monde n’a pas avec l’art la même aisance que le malicieux Daniel Arasse lorsqu’il jetait son regard perçant sur l’Adoration des Mages de Bruegel où l’annonciation de Francesco del Cossa.

Il y a heureusement dans cette série d’entretiens des passages très intéressants et j’avoue avoir été séduit par les propos de Valérie Belin dont la série Black Eyed-Suzan est superbe. » Je recherche toujours une image qui ne soit pas réaliste, mais sans me défaire de la réalité du sujet, explique t-elle. La difficulté réside dans la volonté d’être au plus proche de la vérité de mon sujet sans en donner une image réaliste ». Il me semble que c’est là une parfaite définition de la photo créative.

Au cœur de la création photographique. Entretiens avec Muriel Berthou Crestey. Éditions Ides et Calendes. Lausanne.

Biographie de Cartier-Bresson

La biographie de Cartier-Bresson par Pierre Assouline

Cette excellente biographie de Cartier-Bresson par Pierre Assouline repose en partie sur les conversations que l’auteur a entretenu pendant de nombreuses années avec celui qui fut l’un des plus grands photographes des temps modernes.

« Cet échange ininterrompu sur sa vie, son oeuvre, ses goûts et ses idées fut un privilège rarissime pour le biographe derrière l’ami » écrit Assouline. L’auteur a également pu utiliser des milliers de lettres et de notes conservées par Cartier-Bresson.

L’influence du surréalisme dans les photos de Cartier-Bresson

L’image qui ressort de cette biographie est effectivement, comme le titre le souligne, celle d’un homme qui fut « l’oeil de son siècle » grâce à un appareil photo révolutionnaire au début du 20e siècle, le Leica. Mais l’on saisit également tout au long de ces 400 pages a quel point Cartier-Bresson était aussi un artiste influencé par le surréalisme.

 » Quand ce n’est pas par des objets ce peut être par des allégories que l’imprégnation surréaliste se manifeste, écrit Assouline,reflets de l’activité portuaire et de l’humanité grouillante dans la devanture d’un bistrot marseillais ensoleillé(…)tout le temps ce léger décalage par rapport à la réalité qui fait qu’un signe suffit à faire basculer la scène dans l’irrationnel ».

Pierre Assouline. Cartier-Bresson. L’oeil du siècle. Folio. Gallimard

Des photos de Salgado chez Taschen

Prés d’une centaine de photos du brésilien Sebastião Salgado sur l’incendie des champs de pétrole du Koweit pendant les derniers mois de la guerre du golfe sont publiés chez Taschen sous le titre Koweit: en désert en feu.

Salgado, photographe militant, s’était fait remarquer dès les années 80 par un impressionnant reportage sur les garimperos, les chercheurs d’or de la Serra Pelada dans l’état brésilien du Para. Ce  publié chez Taschen place de nouveau l’homme au centre de sa thématique: on y voit le travail héroique des pompiers chargés d’éteindre les incendies allumés par les troupes de Saddam Hussein qui avaient abandonné le Koweit en laissant une mer de puits en flammes.

« Je n’étais pas préparé à ce que j’allais découvrir, raconte Salgado dans la préface de l’ouvrage, des équipes d’une dizaine d’hommes noircis des pieds à la tête par la fumée, travaillant avec discipline et méthode dans des conditions incroyablement difficiles » Et Salgado de raconter le paysage de cataclysme qu’il a rencontré dans cette région du monde.  » A la fin de chaque journée, mes mâchoires étaient devenues douloureuses tant elles étaient restées serrées pendant de longues heures face à la chaleur, le bruit, le pétrole dans l’atmosphère et le risque permanent d’explosion majeure »

Comme toujours chez Salgado, les photographies publiées dans cet ouvrage sont impressionnantes: pompiers enveloppés d’un film noir de pétrole, paysages de fin du monde, ciel obscurci par les nuages de fumée, geysers de pétrole noir explosant dans le ciel. Une vision de fin du monde en noir et blanc, où chaque image est traversée par des mouvements, des perspectives, de la démesure.

Koweit: un désert en feu est sans doute l’un des meilleurs livres pour comprendre ce qui fait la grandeur d’une image. Il suffit de s’attarder sur chacun des 83 clichés de Salgado, d’analyser chaque composition, pour en découvrir toute la force.

Koweit: en désert en feu. Editions Taschen
www.taschen.com